Megalopolis

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Mega-Flop-olis !

Francis Ford Coppola livre avec Megalopolis une œuvre monumentale, au croisement de l’audace artistique et de la mégalomanie. Ce projet titanesque, longtemps rêvé par le réalisateur, promettait de redéfinir les limites du cinéma avec sa relecture futuriste de la Rome antique. Pourtant, si le film regorge d’ambitions visuelles et conceptuelles, il échoue à captiver émotionnellement et laisse une impression de désordre frustrant.

Le récit prend place dans la métropole de New Rome, théâtre d’un affrontement entre Cesar Catilina (Adam Driver), un artiste utopiste, et Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito), maire corrompu et défenseur du statu quo. Julia Cicero (Nathalie Emmanuel), déchirée entre son père et son amant, incarne un lien fragile dans cette lutte idéologique. À travers ces figures, Coppola aborde des thèmes tels que l’utopie, la décadence et la tension entre tradition et progrès, mais les idées restent embryonnaires, à peine esquissées.

L’atout principal de Megalopolis réside dans son esthétique grandiose. La ville, avec ses architectures monumentales et ses décors somptueux, est une ode au cinéma classique. Chaque scène est soigneusement composée, chaque image ressemble à un tableau, grâce au travail exceptionnel du directeur de la photographie Mihai Malaimare Jr. Coppola tisse un réseau dense de références cinématographiques, de Metropolis à Satyricon, en passant par les épopées hollywoodiennes des années 50. Mais cette richesse visuelle est contrebalancée par une narration éclatée, dépourvue de structure claire, ce qui désoriente plus qu’il ne fascine.

La première moitié du film, relativement cohérente, pose des bases intrigantes, mais tout s’effondre dans la seconde partie. Les personnages, pourtant portés par des acteurs talentueux comme Driver, Emmanuel et Esposito, perdent en consistance. Leurs motivations demeurent floues, et les dialogues, bien qu’empreints de philosophie, manquent de profondeur humaine. Coppola semble sacrifier la narration classique au profit d’une approche impressionniste, mais cette expérimentation, loin de séduire, laisse le spectateur sur le bord du chemin.

Plus qu’un film, Megalopolis se veut une expérience artistique, une réflexion sur le cinéma en tant qu’art vivant. Coppola défie délibérément les conventions, rompant avec la linéarité pour inviter le public à interpréter un foisonnement de symboles et de métaphores visuelles. Mais cette quête d’innovation se heurte à une froideur déroutante. Le film, volontairement distant et intellectualisé, ne parvient pas à établir une connexion émotionnelle avec son audience. À force de vouloir transcender les limites du médium, Coppola perd de vue l’essentiel: raconter une histoire qui résonne.

Malgré son ambition démesurée, Megalopolis ressemble à une occasion manquée. Coppola, figure légendaire du cinéma, semble ici davantage préoccupé par la satisfaction de son propre ego que par celle de son public. Son insistance à ignorer les attentes les plus élémentaires du spectateur confère au film une arrogance qui frustre et désenchante. En fin de compte, Megalopolis est un témoignage poignant de l’artiste visionnaire qu’a été Coppola, mais aussi un triste reflet des limites de son approche actuelle.

Le film, prévu pour une sortie en salles fin 2024 chez nous (mais déjà sorti aux Etats-Unis et au Royaume-Uni fin septembre dernier), mérite peut-être une vision sur le plus grand écran possible, si ce n’est pour ses qualités esthétiques indéniables. Mais sous son éclat visuel, Megalopolis échoue à être ce qu’il aspire à devenir: une œuvre magistrale qui marque l’histoire du cinéma. C’est un adieu amer d’un maître du septième art, dont le génie semble désormais prisonnier de son propre reflet.

Scénario
1/5

Acting
3/5

Image
3/5

Son
1.5/5

Note globale
42.5%

Megalopolis est une fresque visuellement éblouissante qui témoigne de l’ambition sans limites de Francis Ford Coppola, mais son récit désordonné et son absence de connexion émotionnelle laissent le spectateur perplexe. Malgré des idées fascinantes et une réalisation soignée, le film peine à équilibrer expérimentation artistique et narration captivante, aboutissant à une œuvre frustrante et froide.

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