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Un biopic captivant, sobre et sincère qui assume pleinement son authenticité

La photographe américaine Lee Miller, incarnée ici par Kate Winslet, comprenait mieux que quiconque la vulnérabilité d’une femme face à l’objectif. Mannequin dès l’enfance, d’abord pour son père, photographe amateur passionné, puis dans la mode, avant de devenir muse et collaboratrice du surréaliste Man Ray, elle a exploré la photographie des deux côtés de l’appareil. De ses expériences, elle a retenu que prendre une photo peut s’apparenter à un acte de possession: le sujet livre une part de soi, recevant en retour bien peu.

Lee Miller s’est fait connaître comme l’une des rares femmes à documenter Buchenwald et Dachau après la chute des Nazis. Cette vie hors du commun a captivé la cinéaste Ellen Kuras, renommée pour ses collaborations avec Martin Scorsese. Kuras a partagé la biographie The Lives of Lee Miller à Kate Winslet, qui, inspirée, a voulu porter cette histoire à l’écran et a confié la réalisation à Kuras.

En 1977, Lee (Kate Winslet) reçoit un journaliste (Josh O’Connor) chez elle pour une interview retraçant sa vie. Elle commence son récit en 1938, lors d’une visite à ses amis parisiens. Avec Solange (Marion Cotillard), Nusch (Noémie Merlant) et leurs compagnons, elle se sent libre, pleinement elle-même. L’arrivée de Roland (Alexander Skarsgård), un peintre qui partage sa vision, bouleverse cette harmonie. Ils entament alors une relation qui les conduit à Londres.

Lee continue sa carrière de mannequin mais se tourne de plus en plus vers la photographie. En 1940, elle obtient un poste chez Vogue, où la rédactrice en chef Audrey Withers (Andrea Riseborough) lui permet de documenter le Blitz. C’est là qu’elle fait la rencontre du photographe et correspondant David Scherman (Andy Samberg), avec qui elle collabore étroitement. Poussée par le désir de raconter la guerre de l’intérieur, elle rejoint le front aux côtés de David, et capture les terribles réalités de la libération, jusqu’aux atrocités découvertes dans les camps de concentration.

Nombreux sont les critiques qui ont qualifié ce film de « biopic standard », mais ayant vu l’œuvre dans son intégralité, je ne partage pas cet avis. En raison du cadre de l’interview, Lee devient la narratrice de sa propre vie. De cette manière, le film prend un angle intimiste, renforcé par l’utilisation ponctuelle de photographies que le journaliste observe. Cette approche permet de pénétrer davantage les pensées et émotions de Lee, ajoutant de la profondeur à son récit. Ce procédé narratif, d’apparence simple, se révèle bien plus subtil qu’il n’y paraît, offrant finalement une dimension supplémentaire au film. Certes, l’histoire suit un déroulement chronologique classique, mais la vie extraordinaire de Lee Miller justifie ce choix sans le moindre ennui.

Pour un film consacré à une photographe, on pourrait s’attendre à des images visuellement époustouflantes. Lee est bien filmé, mais opte pour une esthétique simple et maîtrisée, sans chercher à éblouir par des compositions visuelles ou des éclairages dramatiques. Les plans sont professionnels mais sobres, ancrés dans une réalité sans fioriture. Les décors, particulièrement soignés et souvent enrichis par de nombreux figurants, renforcent cette atmosphère authentique. Dès les premières scènes, les ravages du Blitz apparaissent en fond, tandis que les images des combats et des camps de concentration sont recréées avec une intensité frappante.

Kate Winslet, par la puissance de son interprétation, sublime le film et lui insuffle une intensité rare. Sa personnalité semble presque fusionner avec celle de Miller, partageant ce pragmatisme et cette volonté farouche qui leur sont communs. Winslet incarne Lee avec justesse, sans jamais sombrer dans le mélodrame (à une exception près: la fameuse « scène des escaliers »). Andy Samberg, souvent associé à la comédie, surprend ici dans un rôle plus sérieux. Ceux qui connaissent Brooklyn Nine-Nine avaient peut-être déjà pressenti cette capacité. Ensemble, lui et Winslet forment un duo immédiatement attachant et crédible.

Le passage d’Ellen Kuras à la réalisation est prometteur et mérite d’être suivi de près. En tant que directrice de la photographie, elle s’était déjà illustrée dans des œuvres comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind et A Little Chaos, deux films où figurait déjà Winslet. L’actrice, également productrice de Lee, a œuvré pour la réalisation du film pendant huit ans après la proposition de Kuras, épaulée par Antony, le fils de Miller. Puisse Lee connaître un succès retentissant et contribuer à rappeler le rôle essentiel de Miller dans l’histoire du photojournalisme de guerre.

Scénario
4/5

Acting
4.5/5

Image
3.5/5

Son
3.5/5

Note globale
77.5%

La célèbre directrice de la photographie Ellen Kuras fait ses premiers pas derrière la caméra pour raconter l’histoire de Lee Miller, photographe de guerre et l’une des rares femmes à avoir pénétré dans les camps de concentration après la chute d’Hitler. Avec une intensité remarquable, Kate Winslet incarne le charisme magnétique de Miller dans ce biopic sobre aux images saisissantes.

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